lundi 21 mai 2012

Mozart - Concerto pour souffleur, K. 314

Bon bon bon.
Une réanimation sortie de nulle part. De temps en temps, on jette un seau d'eau sur l'aveugle endormi, on lui met deux-trois baffes, on lui colle une guitare dans les bras et il chante. Sauf que là c'est une flûte.

Le concerto, celui-là, de Mozart, pour flûte, genre K. 314, avec trois mouvements dont je ne vous ferai partager que le tiers à moins de réclamation, qui a d'ailleurs déjà été traité dans ces mêmes pages sous forme hautboesque et d'ailleurs il a d'abord été composé pour hautbois et orchestre, dont il paraît que la version d'Abbado et son pote Pahud est meilleure, ce qui n'est pas complètement faux, mais moi j'aime bien celle-ci dont le tempo est plus vif, car Mozart voulait qu'on joue vite donc vous aurez droit à celle-ci, ben il arrive dès que j'aurai fini d'ajouter des trucs au mépris de la moindre élégance syntaxique.

Les interprètes majestueux de ce magnifique et grandiose et immarcescible concerto sont, par ordre alphabétique : Jacques Zoon à la Fllö, Martin Pearlman à la direction, et les tocards du Boston Baroque aux planches, vents et tromblons. Le fait que cela ait été enregistré en 2005, dans notre belle période baroqueuse où les termes « vivacité » et « précision » sont vénérés par la nouvelle dominance intellectualo-musicale (un PROGRÈS), est un plus. Nous n'insisterons pas plus avant sur le fait que Martin Pearlman est, de toutes les façons qu'on le regarde, l'un de ces baroqueux, et ce car Nous pensons que vous avez à présent saisi la chose.

Allons, écoutez donc.

Allegro Aperto

lundi 28 novembre 2011

Lise de la Salle - Bach

Introduisons.
En plus de sa particule, Lise de la Salle possède une incroyable musicalité. C'est inédit, mesdames, messieurs, leurs animaux, Lise de la Salle est musicale. Son enregistrement Bach/Lizst l'est donc de bout en bout. Liebenstraum, Méphisto Waltz, Fugues... J'ai dû faire un choix. Un choix donc essentiellement porté sur Bach.

La Fantaisie Chromatique qui suit est la première de l'ensemble.Un peu comme un coup d'envoi : la machine aux mille-pattes est lancée. Les notes sont d'une impeccable égalité de son, d'humeur et de longueur. C'est chromatique, donc ça passe de partout, et ça repasse également. Pourtant, c'est bien plus qu'un tas de gammes chromatiques. Lise de la Salle y met une expression évidente, sans rien déconstruire de l'équilibre de la pièce. Arrive la deuxième partie, d'une extrême lenteur qui frôle l'exaspération, mais qui trouve son sens dans la lente et moribonde fin du morceau, un peu comme quand un soufflet au fromage s'effondre en laissant filer un peu d'air chargé de gruyère. Alors, certes, Lise a paraît-il les dents en avant, mais elle fait un boulot sympa qui consiste à dépasser l'exécution.  

Fantaisie Chromatique

Dans cette fugue comme dans chacun de ses morceaux, Lise de la Salle insère de la pulsation dans la musique. Elle contrôle incroyablement son geste et sa précision. Elle a le dessus, pas nous. Exécution. Mais, cette fugue n'a rien de frigide, attention. L'expression y est.
Je vous encourage d'ailleurs à complètement vos béances culturelles en allant mater ses vidéos sur YouTube. Certaines sont superbes.

Fugue in A Minor

jeudi 1 septembre 2011

Le Lac des Cygnes - Verbier Festival Orchestra, dirigé par Yuri Temirnakov (Article en solde)

Très logiquement, il y a une question qui vous brûle les lèvres : « Pourquoi en solde ? » C’est une très bonne question, et je suis ravie que vous me l’ayez posée. J’y répondrai plus tard, donc. 

Le Lac des Cygnes est un ballet en quatre actes (dont je ne partage que quelques extraits) sur une musique de P.I.Tchaïkovsky (opus 20) et un livret de Vladimir Begichev inspiré d'une légende allemande. Toute petite fille ayant rêves de danse classique connait ce ballet, à la fois très populaire et parfaitement élitiste d’un point de vue casting. Impossible de ne pas penser à Black Swan de  Darren Aronofsky qui met en scène le ballet attisant toutes les convoitises, excitant les jalousies et ravageant l’esprit de celles qui seraient choisies pour danser le premier rôle. Et là, je me demande assez légitimement : « Mais pourquoi avoir choisi le Lac des Cygnes pour Moments Musicaux ? L’article Wikipédia fait au moins douze pages, il existe au moins cinquante-six interprétations freudiennes de cette œuvre, cinq ballets différents, une correction de la partition après Tchaïkovsky et j’ai tellement d’autres choses à faire, comme manger, dormir, regarder Secret Story et manger une chips… » Je vous épargnerai donc en passant directement à l’interprétation de ce ballet pour orchestre. Quant aux détails et à l’histoire, c’est ici et c’est bien écrit aussi : Wikipédia (ainsi, vous remarquerez que ma phrase d’accroche se trouve très largement inspirée par W. Les joies de l’écriture). 

Finalement, le plus intéressant de tout, c’est l’interprétation. Fin juillet, alors que j’étais en Suisse comme tous les gens normaux, j’ai pu assister gratuitement à la répétition du Verbier Festival Orchestra pour le concert qu’ils donnaient le soir du 28. Verbier Festival qu’il ne faut rater sous aucun prétexte, à propos. 
Le VFO donnait alors un concert exclusivement russe, avec un chef d’orchestre russe également, et très certainement communiste. Yuri Temirkanov gagne en 1966 le concours national soviétique d’orchestration, et enchaîne les succès depuis. Son air sérieux lorsqu’il grimpe sur son estrade disparaît aussitôt qu’il élève les mains, c’est très étonnant à voir. Dans les extraits du Lac des Cygnes que je vais avoir l’honneur de vous transmettre dans quelques phrases -  patience - Temirkanov arbore un constant sourire, et dirige d’une façon absolument drôle et hallucinante. Gestes insolites et danses mystiques parviennent à rendre l’orchestre heureux et plein d’entrain. Ils se marrent et s’amusent, et ne perdent pas une miette de leur propre musique. Ils sont tous très jeunes, et Yuri c’est un peu comme leur Papa. Ils ne se connaissent pas depuis très longtemps et pourtant ils sont très ensemble, et je crois très sincèrement que l’apparence futile qu’a parfois la direction de Temirkanov n’est qu’un leurre et contribue très largement à la totale réussite de cette prestation magistrale. Il arrive même que j’y entrevoie un peu de perfection, ce qui n’est pas peu dire. Aucune fausse note audible ne les trahit, et chacun possède un très beau son autant qu’une excellente technique. Au-delà même du charme, c’est de l’ordre de la performance. Performance, poésie et humour, qui finissent par nous attacher aux musiciens, d’ailleurs. 

Quelques moments de stupeur également : solo de la harpiste, suivi de près par le premier violon aux longs cheveux noirs et au son impeccable qui finit en duo avec la violoncelliste au sourire confiant. Les deux possèdent une musicalité impressionnante, qu’on ne retrouve guère que dans les montagnes suisses, apparemment. 
Un bémol cependant, dans l’extrait n°2, où l’écriture verse une nouvelle fois dans le guerrier magistral et militaire sur les toutes dernières notes, et trouvant ce procédé bien connu, facile et prévisible, je vous fais part de mon scepticisme. Mais cela n’engage que moi, et les quelques autres gens qui ont bon goût naturellement. 

Ah, j’oubliais, pourquoi la solde, outre la période estivale ? Parce que ce concert n’est regardable que jusqu’en octobre, sous peine de subir un retrait bancaire au-delà. Alors, on se précipite, un mois ça passe vite. 
Autre chose, le concert débute tout d’abord par un petit Liadov pas du tout dégueulasse à écouter si vous avez le temps, et se poursuit avant le Lac des Cygnes par le Concerto n°2 de Rachmaninov. Personnellement très peu convaincue par la prestation de Wang qui joue du piano comme elle écrit un mail, je vous le déconseille, mais on ne perd rien à écouter un peu si votre curiosité vous le dicte. 

Voilà la Bête : Le Lac des Cygnes / Extraits

J’espère avoir été concise. 
Bonne soirée. 

PS : Mention spéciale à la qualité incroyable de son et d’image de Médici. C’est cool.


mardi 19 juillet 2011

Rachmaninov - Moment musical n°4

Rachma et Nikolaï Lugansky ou quelle que soit son orthographe. Le second a souvent tiré des œuvres du premier des interprétations dont toute oreille existante se souvient forcément (théorème douteux).

En mi mineur, presto, la pièce de Rachmaninov s'impose immédiatement avec une incroyable force. Elle saisit les tripes, les secoue pendant trois minutes et puis disparaît.

Nikolaï, parce que cet homme était à ce moment-là envahi d'une incompressible pulsion d'absolu. Visiblement c'est au cours de ce même concert qu'il avait sorti du néant un Op.23 No.5 de même puissance. Prélude ayant déjà fait son apparition dans ce blog, ici.


Voici donc la chose, courte et pour le moins intense :


mardi 12 juillet 2011

Ravel - Alborada Del Gracioso par Dinu Lipatti

Que serait ce blog, sans Dinu Lipatti ?

Il existe de nombreuses réponses à cette question :
rien, une épave, un sandwich sans pain, ou un pain sans sandwich, une affabulation, un grotesque canular, bref, il fallait que nous y venions (et vinssions, pour les intimes).

Dinu Lipatti, jeune pianiste, puisque né pianiste vers seize ans et mort pianiste à trente-trois, s'est employé pendant ces dix-sept ans de carrière à "servir la musique", comme il le dit si bien lui-même, plutôt que de "s'en servir", comme d'autres.
Il la sert de ses doigts, que l'on imagine si fins qu'ils effleurent à peine la partition, en lui apportant peut-être seulement ce dont elle a besoin. Toujours droit dans son travail, rigoureux, il vise l'impeccable, et peut-être même la perfection dont on ne sait pas s'il crut vraiment à l'existence. Peu importe. Il guide son travail à l'aide du respect, et instaure dans son jeu une sorte de geste "recréateur". En résulte bien souvent
un très bel équilibre, autant dans certaines de ses valses chopinantes que dans ses sonates mozartiennes. J'ai parfois trouvé dans le peu de pièces que j'ai entendues jouées par Lipatti une clarté fascinante, et une très grande douceur dans la manière d'apprivoiser la musique d'autrui.

Et pourtant, c'est loin d'être une œuvre lisse et ouatée que je vous propose d'écouter ce soir. Mais avant d'en parler - parce que je sais pertinemment que vous ne me lisez pas et que vous courez à chaque fois à la fin de l'article pour écouter les morceaux (je pourrais vous insulter sauvagement que vous ne vous en apercevriez pas) (SALETÉS DE LECTEURS INGRATS ET PUANT LA MÉDIOCRITÉ, N'AVEZ PAS QUELQUE CHOSE A ÉCRIRE VOUS AUSSI PLUTÔT QUE DE LIRE LES TEXTES DES HONNÊTES GENS ? GROS TAS DE TRIOLETS EN CROÛTE) - munissez vous d'un système de diffusion sonore bien plus performant que votre seul ordinateur, parce que cette pièce nécessite d'être entendue harmoniquement, et il est primordial d'en apercevoir le spectre (Oooh!).  

  
C'est bien de l'Alborada Del Gracioso ("Aubade du Bouffon") que l'on parle, et j'en profite ainsi pour creuser la dimension hispanique de ce blog, quatrième pièce des Miroirs (1905) de Ravel, qui étonne par ses couleurs chaudes et ses caprices facétieux. Elle est célèbre pour son orchestration bigarrée (1918) et j'ai moi-même entendue cette pièce jouée par un orchestre la première fois, et je trouve tout à fait fantastique que l'on découvre dans un seul clavier les instruments de l'orchestre, et vice versa dans l'orchestre une dimension pianistique.

On découpe l'œuvre en trois parties. Enfin, JE découpe l'œuvre en trois parties, après chacun fait son petit tri comme il veut.

La première partie semble être une sorte de danse mysté-rieuse (mais que je suis drôle), malicieuse et échevelée. Lipatti exécute de petites envolées célestes avec des notes d'une égalité irréprochable de sa papatte un peu magicienne : on pense à une bohémienne. On dit que l'élève  (le seul, je crois) de Ravel rapporta qu'il fallait que ça ressemble à des "pincements de guitare".
La seconde provoque irrémédiablement chez-moi une érection capillaire incontrôlable , surtout après une première partie aussi radicalement différente. Ici, c'est la plainte du bouffon, vive mais tendre, et maladroite.
Et enfin la troisième, c'est un peu la mêlée des deux parties précédentes, délirante et joyeuse,  martelée parfois (d'où de bonnes enceintes) et d'une terrifiante virtuosité. Cela se termine sur un vertige, et puis plus rien. 




"
Les Miroirs forment un recueil de pièces pour le piano qui marquent dans mon évolution harmonique un changement assez considérable pour avoir décontenancé les musiciens les plus accoutumés jusqu’alors à ma manière." Ravel. 
 
C'est farpaitement ça. On est décontenancés.