Composé en même temps que le Concerto pour la main gauche, ce Concerto en sol représente en quelque sorte son penchant lumineux : il s'agit d'une pièce profondément heureuse. C'est également la dernière de ses œuvres majeures (sa toute dernière composition étant un recueil de trois chansons, « Don Quichotte à Dulcinée », destinée à un film presque éponyme).
On y trouve un premier mouvement pétillant de joie et d'énergie à s'en faire péter les branchies, aux accents gershwiniens d'un jazz qui ne ressemble à aucun autre jazz. Sauter de joie, littéralement.
La première fois que j'ai entendu ce deuxième mouvement, j'ai pensé « c'est en écoutant ça que je veux mourir ». Je n'ai pas changé d'avis.
Ce qu'en dit Ravel : « Je l'ai fait mesure par mesure, et j'ai failli en crever ! ».
Et là, on tombe sur ce troisième mouvement, virtuose, drôle, nerveux, volubile, poussant les instruments à bout et au-delà — notamment ce pauvre basson qui doit se taper un trait littéralement injouable —, conclusion éclatante à ce concerto magique.
Rappel : la description ci-dessus concerne l'interprétation ci-dessous, celle de Martha Argerich (enregistrée en 1967). Mais si vous prenez par exemple la récente version de Pierre-Laurent Aimard, récompensée aux Victoires de la musique classique, vous y trouverez de la raideur, un sérieux morne et sans vie, ainsi qu'un dédain profond pour le caractère de l'œuvre. S'en dégage un sentiment global de dégoût vis-à-vis de cette insulte longue de vingt-cinq minutes. Cet homme devrait se rappeler le titre de Divertissement qui avait d'abord été choisi par Ravel.
Mais revenons à cette extraordinaire version.
Martha Argerich, Claudio Abbado, et l'Orchestre philarmonique de Berlin :
1. Allegramente
2. Adagio assai
3. Presto
Pour le premier mouvement, si la curiosité vous pousse plus loin, vous pouvez également vous envoyer un coup de Samson François. Samson François est un type qui se débrouille dans la plupart de ses interprétation pour s'affirmer avec une insolente élégance. Ça passe moins aisément dans le deuxième mouvement, étant donné qu'il faut s'effacer ; et ça, Samson ne le peut pas.
Ou encore, l'interprétation de Leonard Bernstein, disponible sur youtube : Allegramente, Adagio assai, Presto. Particulièrement ce troisième mouvement, incroyable de fulgurance (noter la réaction du public, et regretter de ne pas avoir été là).
Et puis j'ai encore quelques versions à écouter, on ne peut donc exclure une rallonge d'article à venir.
Pour répondre à la question que vous vous posez peut-être : non, ça n'est jamais terminé. JAMAIS !
Bonne soirée.
lundi 28 mars 2011
jeudi 24 mars 2011
Bach - Partita 4 in D Major BWV 828 : Allemande. Par David Fray.
Quatrième d'une portée de six, cette partita, écrite par Bach en 1713, en est sûrement la plus solennelle, voire envoûtante. Son Ouverture très lumineuse à la Lully, succède à l'Allemande dans une veine beaucoup plus introvertie, plus poétique, en passant par la Courante, joyeuse et très ornementée, tandis que l'on retrouve dans la jovialité quasi parodique de l'Aria un air d'Opéra Italien de l'époque. On débouche sur la Sarabande et la Gigue, toutes deux tour à tour douces et acides. L'Allemande constitue avec la Sarabande deux césures, qui, à mon avis, caractérisent Bach dans son ensemble : intime, fluide, secrètes et mélodiques.
Pénétrons donc dans l'intimité de Johann-Sébastien, grâce à David Fray, pianiste né en 81, dont j'ai découvert l'interprétation au détour d'une vidéo, qui m'a absolument engourdie de frissons.
(Je ne vous livre pas ce plaisir en vidéo, les mouvements faciaux perturbants et perturbés du pianiste sont absolument ignobles à voir. M'enfin, c'est vous qui voyez, je serais vous... bref.)
Pénétrons donc dans l'intimité de Johann-Sébastien, grâce à David Fray, pianiste né en 81, dont j'ai découvert l'interprétation au détour d'une vidéo, qui m'a absolument engourdie de frissons.
(Je ne vous livre pas ce plaisir en vidéo, les mouvements faciaux perturbants et perturbés du pianiste sont absolument ignobles à voir. M'enfin, c'est vous qui voyez, je serais vous... bref.)
mardi 22 mars 2011
Mozart - Quatuor Op.10 No.6 en do majeur K.465, « Les dissonances »
Dédicace à Haydn :
« À mon cher ami Haydn. Un père, ayant résolu d'envoyer ses fils dans le vaste monde, a estimé devoir les confier à la protection et à la direction d'un homme alors très célèbre, et qui, par une heureuse fortune, était de plus son meilleur ami. Ainsi donc, homme célèbre, et ami très cher, je te présente mes six fils .../... Toi-même, ami très cher, lors de ton dernier séjour dans cette capitale, tu m'as exprimé ta satisfaction. Ce suffrage de ta part est ce qui m'anima le plus. C'est pourquoi je te les recommande, en espérant qu'ils ne te sembleront pas indignes de ta faveur. Veuille donc les accueillir avec bienveillance, et être leur père, leur guide et leur ami. De ce moment je te cède mes droits sur eux, et te supplie de considérer avec indulgence les défauts que l'œil partial de leur père peut m'avoir cachés, et de conserver malgré eux, ta généreuse amitié à celui qui t'apprécie tant, car je suis de tout cœur, ami très cher, ton très sincère ami. »
Ceci est le dernier des six quatuors dédiés par Mozart à Haydn. Surnommé « Les dissonances » en raison de son Adagio d'introduction dans le premier mouvement.
Ces musiciens sont les membres du Quatuor Belcea ; l'enregistrement date de 2006.
Il existe une autre interprétation gagnant à être écoutée, plus sombre mais tout aussi belle, peut-être même que je préfère : celle du Quartetto Italiano. Cependant, printemps et pression implicite de l'humanité environnante heureuse de voir le soleil réchauffer sa figure béate obligent, je ne pouvais que choisir cette version-là, à la fois lumineuse et d'une évidence musicale toute mozartienne. Plaisir donc.
Utiliser « mozartienne » et avoir l'impression de dire des choses.
Le quatuor :
1. Adagio, Allegro
2. Andante Cantabile
3. Menuetto
4. Allegro Molto
Les couleurs du lecteur, n'est-ce pas ? Ça m'a choqué aussi.
(France Musique powered.)
« À mon cher ami Haydn. Un père, ayant résolu d'envoyer ses fils dans le vaste monde, a estimé devoir les confier à la protection et à la direction d'un homme alors très célèbre, et qui, par une heureuse fortune, était de plus son meilleur ami. Ainsi donc, homme célèbre, et ami très cher, je te présente mes six fils .../... Toi-même, ami très cher, lors de ton dernier séjour dans cette capitale, tu m'as exprimé ta satisfaction. Ce suffrage de ta part est ce qui m'anima le plus. C'est pourquoi je te les recommande, en espérant qu'ils ne te sembleront pas indignes de ta faveur. Veuille donc les accueillir avec bienveillance, et être leur père, leur guide et leur ami. De ce moment je te cède mes droits sur eux, et te supplie de considérer avec indulgence les défauts que l'œil partial de leur père peut m'avoir cachés, et de conserver malgré eux, ta généreuse amitié à celui qui t'apprécie tant, car je suis de tout cœur, ami très cher, ton très sincère ami. »
Ceci est le dernier des six quatuors dédiés par Mozart à Haydn. Surnommé « Les dissonances » en raison de son Adagio d'introduction dans le premier mouvement.
Ces musiciens sont les membres du Quatuor Belcea ; l'enregistrement date de 2006.
Il existe une autre interprétation gagnant à être écoutée, plus sombre mais tout aussi belle, peut-être même que je préfère : celle du Quartetto Italiano. Cependant, printemps et pression implicite de l'humanité environnante heureuse de voir le soleil réchauffer sa figure béate obligent, je ne pouvais que choisir cette version-là, à la fois lumineuse et d'une évidence musicale toute mozartienne. Plaisir donc.
Utiliser « mozartienne » et avoir l'impression de dire des choses.
Le quatuor :
1. Adagio, Allegro
2. Andante Cantabile
3. Menuetto
4. Allegro Molto
Les couleurs du lecteur, n'est-ce pas ? Ça m'a choqué aussi.
(France Musique powered.)
jeudi 17 mars 2011
Antoine de Bertrand - Dans le serain de sa jumelle flamme
Entendue au hasard d'une émission de radio mal transmise, cette pièce extraite des Amours de Cassandre et du 1er Livre des Amours de Ronsard, me laisse une impression fugace de jouissance musicale presque aussi savante que vivifiante. Antoine de Bertrand, compositeur de la Renaissance et profond humaniste se découvrant une passion sans limites pour Ronsard, met en musique ce poème :
Dans le serein de sa jumelle flamme
Je vis Amour, qui son arc débandait,
Et sur mon cœur le brandon épandait,
Qui des plus froids les moelles enflamme.
Puis çà puis là près les yeux de ma dame
Entre cent fleurs un rets d’or me tendait,
Qui tout crépu blondement descendait
A flots ondés pour enlacer mon âme.
Qu’eussé-je fait ? l’Archer était si doux,
Si doux son feu, si doux l’or de ses nœuds,
Qu’en leurs filets encore je m’oublie :
Mais cet oubli ne me tourmente point,
Tant doucement le doux Archer me point,
Le feu me brûle, et l’or crêpe me lie.
Je prends donc le risque de vous proposer une écoute que j'ai moi-même à peine entendue, car je ne puis l'écouter à nouveau immédiatement. Émotion toute fraîche encore, donc.
Interprétée par l'Ensemble Métamorphoses de Paris : ici.
vendredi 11 mars 2011
Astor Piazzolla - Oblivion
Ce tango, écrit en 1982, a depuis lors été arrangé pour toutes les formations possibles et imaginables. Et c'est l'une de ces formations de l'improbable que je vous propose ici d'écouter, où se côtoient entre autres un chœur, une batterie et un saxophone.
Voici donc un Oblivion arrangé, transfiguré, par l'Ensemble Contraste :
Voici donc un Oblivion arrangé, transfiguré, par l'Ensemble Contraste :
vendredi 4 mars 2011
Etude 3# "La Campanella" de Liszt par François-René Duchâble
"La virtuosité, c'est la possibilité pour un pianiste de jouer un maximum de notes en peu de temps. Mais ça n'est pas du tout le principal but de la musique ; la musique c'est la poésie, c'est la méditation... Et quelquefois, la virtuosité coïncide avec l'expression musicale." Duchâble, dans La Boîte à Musique de Jean-François Zygel.
Voilà ce qui résume assez mon idée de la Campanella, étude extraite des Six études d'après Paganini de Liszt, jouée par ce monstre aux mille doigts.
Voilà ce qui résume assez mon idée de la Campanella, étude extraite des Six études d'après Paganini de Liszt, jouée par ce monstre aux mille doigts.
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