mardi 19 juillet 2011

Rachmaninov - Moment musical n°4

Rachma et Nikolaï Lugansky ou quelle que soit son orthographe. Le second a souvent tiré des œuvres du premier des interprétations dont toute oreille existante se souvient forcément (théorème douteux).

En mi mineur, presto, la pièce de Rachmaninov s'impose immédiatement avec une incroyable force. Elle saisit les tripes, les secoue pendant trois minutes et puis disparaît.

Nikolaï, parce que cet homme était à ce moment-là envahi d'une incompressible pulsion d'absolu. Visiblement c'est au cours de ce même concert qu'il avait sorti du néant un Op.23 No.5 de même puissance. Prélude ayant déjà fait son apparition dans ce blog, ici.


Voici donc la chose, courte et pour le moins intense :


mardi 12 juillet 2011

Ravel - Alborada Del Gracioso par Dinu Lipatti

Que serait ce blog, sans Dinu Lipatti ?

Il existe de nombreuses réponses à cette question :
rien, une épave, un sandwich sans pain, ou un pain sans sandwich, une affabulation, un grotesque canular, bref, il fallait que nous y venions (et vinssions, pour les intimes).

Dinu Lipatti, jeune pianiste, puisque né pianiste vers seize ans et mort pianiste à trente-trois, s'est employé pendant ces dix-sept ans de carrière à "servir la musique", comme il le dit si bien lui-même, plutôt que de "s'en servir", comme d'autres.
Il la sert de ses doigts, que l'on imagine si fins qu'ils effleurent à peine la partition, en lui apportant peut-être seulement ce dont elle a besoin. Toujours droit dans son travail, rigoureux, il vise l'impeccable, et peut-être même la perfection dont on ne sait pas s'il crut vraiment à l'existence. Peu importe. Il guide son travail à l'aide du respect, et instaure dans son jeu une sorte de geste "recréateur". En résulte bien souvent
un très bel équilibre, autant dans certaines de ses valses chopinantes que dans ses sonates mozartiennes. J'ai parfois trouvé dans le peu de pièces que j'ai entendues jouées par Lipatti une clarté fascinante, et une très grande douceur dans la manière d'apprivoiser la musique d'autrui.

Et pourtant, c'est loin d'être une œuvre lisse et ouatée que je vous propose d'écouter ce soir. Mais avant d'en parler - parce que je sais pertinemment que vous ne me lisez pas et que vous courez à chaque fois à la fin de l'article pour écouter les morceaux (je pourrais vous insulter sauvagement que vous ne vous en apercevriez pas) (SALETÉS DE LECTEURS INGRATS ET PUANT LA MÉDIOCRITÉ, N'AVEZ PAS QUELQUE CHOSE A ÉCRIRE VOUS AUSSI PLUTÔT QUE DE LIRE LES TEXTES DES HONNÊTES GENS ? GROS TAS DE TRIOLETS EN CROÛTE) - munissez vous d'un système de diffusion sonore bien plus performant que votre seul ordinateur, parce que cette pièce nécessite d'être entendue harmoniquement, et il est primordial d'en apercevoir le spectre (Oooh!).  

  
C'est bien de l'Alborada Del Gracioso ("Aubade du Bouffon") que l'on parle, et j'en profite ainsi pour creuser la dimension hispanique de ce blog, quatrième pièce des Miroirs (1905) de Ravel, qui étonne par ses couleurs chaudes et ses caprices facétieux. Elle est célèbre pour son orchestration bigarrée (1918) et j'ai moi-même entendue cette pièce jouée par un orchestre la première fois, et je trouve tout à fait fantastique que l'on découvre dans un seul clavier les instruments de l'orchestre, et vice versa dans l'orchestre une dimension pianistique.

On découpe l'œuvre en trois parties. Enfin, JE découpe l'œuvre en trois parties, après chacun fait son petit tri comme il veut.

La première partie semble être une sorte de danse mysté-rieuse (mais que je suis drôle), malicieuse et échevelée. Lipatti exécute de petites envolées célestes avec des notes d'une égalité irréprochable de sa papatte un peu magicienne : on pense à une bohémienne. On dit que l'élève  (le seul, je crois) de Ravel rapporta qu'il fallait que ça ressemble à des "pincements de guitare".
La seconde provoque irrémédiablement chez-moi une érection capillaire incontrôlable , surtout après une première partie aussi radicalement différente. Ici, c'est la plainte du bouffon, vive mais tendre, et maladroite.
Et enfin la troisième, c'est un peu la mêlée des deux parties précédentes, délirante et joyeuse,  martelée parfois (d'où de bonnes enceintes) et d'une terrifiante virtuosité. Cela se termine sur un vertige, et puis plus rien. 




"
Les Miroirs forment un recueil de pièces pour le piano qui marquent dans mon évolution harmonique un changement assez considérable pour avoir décontenancé les musiciens les plus accoutumés jusqu’alors à ma manière." Ravel. 
 
C'est farpaitement ça. On est décontenancés.