Très logiquement, il y a une question qui vous brûle les lèvres : « Pourquoi en solde ? » C’est une très bonne question, et je suis ravie que vous me l’ayez posée. J’y répondrai plus tard, donc.
Le Lac des Cygnes est un ballet en quatre actes (dont je ne partage que quelques extraits) sur une musique de P.I.Tchaïkovsky (opus 20) et un livret de Vladimir Begichev inspiré d'une légende allemande. Toute petite fille ayant rêves de danse classique connait ce ballet, à la fois très populaire et parfaitement élitiste d’un point de vue casting. Impossible de ne pas penser à Black Swan de Darren Aronofsky qui met en scène le ballet attisant toutes les convoitises, excitant les jalousies et ravageant l’esprit de celles qui seraient choisies pour danser le premier rôle. Et là, je me demande assez légitimement : « Mais pourquoi avoir choisi le Lac des Cygnes pour Moments Musicaux ? L’article Wikipédia fait au moins douze pages, il existe au moins cinquante-six interprétations freudiennes de cette œuvre, cinq ballets différents, une correction de la partition après Tchaïkovsky et j’ai tellement d’autres choses à faire, comme manger, dormir, regarder Secret Story et manger une chips… » Je vous épargnerai donc en passant directement à l’interprétation de ce ballet pour orchestre. Quant aux détails et à l’histoire, c’est ici et c’est bien écrit aussi : Wikipédia (ainsi, vous remarquerez que ma phrase d’accroche se trouve très largement inspirée par W. Les joies de l’écriture).
Finalement, le plus intéressant de tout, c’est l’interprétation. Fin juillet, alors que j’étais en Suisse comme tous les gens normaux, j’ai pu assister gratuitement à la répétition du Verbier Festival Orchestra pour le concert qu’ils donnaient le soir du 28. Verbier Festival qu’il ne faut rater sous aucun prétexte, à propos.
Le VFO donnait alors un concert exclusivement russe, avec un chef d’orchestre russe également, et très certainement communiste. Yuri Temirkanov gagne en 1966 le concours national soviétique d’orchestration, et enchaîne les succès depuis. Son air sérieux lorsqu’il grimpe sur son estrade disparaît aussitôt qu’il élève les mains, c’est très étonnant à voir. Dans les extraits du Lac des Cygnes que je vais avoir l’honneur de vous transmettre dans quelques phrases - patience - Temirkanov arbore un constant sourire, et dirige d’une façon absolument drôle et hallucinante. Gestes insolites et danses mystiques parviennent à rendre l’orchestre heureux et plein d’entrain. Ils se marrent et s’amusent, et ne perdent pas une miette de leur propre musique. Ils sont tous très jeunes, et Yuri c’est un peu comme leur Papa. Ils ne se connaissent pas depuis très longtemps et pourtant ils sont très ensemble, et je crois très sincèrement que l’apparence futile qu’a parfois la direction de Temirkanov n’est qu’un leurre et contribue très largement à la totale réussite de cette prestation magistrale. Il arrive même que j’y entrevoie un peu de perfection, ce qui n’est pas peu dire. Aucune fausse note audible ne les trahit, et chacun possède un très beau son autant qu’une excellente technique. Au-delà même du charme, c’est de l’ordre de la performance. Performance, poésie et humour, qui finissent par nous attacher aux musiciens, d’ailleurs.
Quelques moments de stupeur également : solo de la harpiste, suivi de près par le premier violon aux longs cheveux noirs et au son impeccable qui finit en duo avec la violoncelliste au sourire confiant. Les deux possèdent une musicalité impressionnante, qu’on ne retrouve guère que dans les montagnes suisses, apparemment.
Un bémol cependant, dans l’extrait n°2, où l’écriture verse une nouvelle fois dans le guerrier magistral et militaire sur les toutes dernières notes, et trouvant ce procédé bien connu, facile et prévisible, je vous fais part de mon scepticisme. Mais cela n’engage que moi, et les quelques autres gens qui ont bon goût naturellement.
Ah, j’oubliais, pourquoi la solde, outre la période estivale ? Parce que ce concert n’est regardable que jusqu’en octobre, sous peine de subir un retrait bancaire au-delà. Alors, on se précipite, un mois ça passe vite.
Autre chose, le concert débute tout d’abord par un petit Liadov pas du tout dégueulasse à écouter si vous avez le temps, et se poursuit avant le Lac des Cygnes par le Concerto n°2 de Rachmaninov. Personnellement très peu convaincue par la prestation de Wang qui joue du piano comme elle écrit un mail, je vous le déconseille, mais on ne perd rien à écouter un peu si votre curiosité vous le dicte.
Voilà la Bête : Le Lac des Cygnes / Extraits
J’espère avoir été concise.
Bonne soirée.
PS : Mention spéciale à la qualité incroyable de son et d’image de Médici. C’est cool.