jeudi 1 septembre 2011

Le Lac des Cygnes - Verbier Festival Orchestra, dirigé par Yuri Temirnakov (Article en solde)

Très logiquement, il y a une question qui vous brûle les lèvres : « Pourquoi en solde ? » C’est une très bonne question, et je suis ravie que vous me l’ayez posée. J’y répondrai plus tard, donc. 

Le Lac des Cygnes est un ballet en quatre actes (dont je ne partage que quelques extraits) sur une musique de P.I.Tchaïkovsky (opus 20) et un livret de Vladimir Begichev inspiré d'une légende allemande. Toute petite fille ayant rêves de danse classique connait ce ballet, à la fois très populaire et parfaitement élitiste d’un point de vue casting. Impossible de ne pas penser à Black Swan de  Darren Aronofsky qui met en scène le ballet attisant toutes les convoitises, excitant les jalousies et ravageant l’esprit de celles qui seraient choisies pour danser le premier rôle. Et là, je me demande assez légitimement : « Mais pourquoi avoir choisi le Lac des Cygnes pour Moments Musicaux ? L’article Wikipédia fait au moins douze pages, il existe au moins cinquante-six interprétations freudiennes de cette œuvre, cinq ballets différents, une correction de la partition après Tchaïkovsky et j’ai tellement d’autres choses à faire, comme manger, dormir, regarder Secret Story et manger une chips… » Je vous épargnerai donc en passant directement à l’interprétation de ce ballet pour orchestre. Quant aux détails et à l’histoire, c’est ici et c’est bien écrit aussi : Wikipédia (ainsi, vous remarquerez que ma phrase d’accroche se trouve très largement inspirée par W. Les joies de l’écriture). 

Finalement, le plus intéressant de tout, c’est l’interprétation. Fin juillet, alors que j’étais en Suisse comme tous les gens normaux, j’ai pu assister gratuitement à la répétition du Verbier Festival Orchestra pour le concert qu’ils donnaient le soir du 28. Verbier Festival qu’il ne faut rater sous aucun prétexte, à propos. 
Le VFO donnait alors un concert exclusivement russe, avec un chef d’orchestre russe également, et très certainement communiste. Yuri Temirkanov gagne en 1966 le concours national soviétique d’orchestration, et enchaîne les succès depuis. Son air sérieux lorsqu’il grimpe sur son estrade disparaît aussitôt qu’il élève les mains, c’est très étonnant à voir. Dans les extraits du Lac des Cygnes que je vais avoir l’honneur de vous transmettre dans quelques phrases -  patience - Temirkanov arbore un constant sourire, et dirige d’une façon absolument drôle et hallucinante. Gestes insolites et danses mystiques parviennent à rendre l’orchestre heureux et plein d’entrain. Ils se marrent et s’amusent, et ne perdent pas une miette de leur propre musique. Ils sont tous très jeunes, et Yuri c’est un peu comme leur Papa. Ils ne se connaissent pas depuis très longtemps et pourtant ils sont très ensemble, et je crois très sincèrement que l’apparence futile qu’a parfois la direction de Temirkanov n’est qu’un leurre et contribue très largement à la totale réussite de cette prestation magistrale. Il arrive même que j’y entrevoie un peu de perfection, ce qui n’est pas peu dire. Aucune fausse note audible ne les trahit, et chacun possède un très beau son autant qu’une excellente technique. Au-delà même du charme, c’est de l’ordre de la performance. Performance, poésie et humour, qui finissent par nous attacher aux musiciens, d’ailleurs. 

Quelques moments de stupeur également : solo de la harpiste, suivi de près par le premier violon aux longs cheveux noirs et au son impeccable qui finit en duo avec la violoncelliste au sourire confiant. Les deux possèdent une musicalité impressionnante, qu’on ne retrouve guère que dans les montagnes suisses, apparemment. 
Un bémol cependant, dans l’extrait n°2, où l’écriture verse une nouvelle fois dans le guerrier magistral et militaire sur les toutes dernières notes, et trouvant ce procédé bien connu, facile et prévisible, je vous fais part de mon scepticisme. Mais cela n’engage que moi, et les quelques autres gens qui ont bon goût naturellement. 

Ah, j’oubliais, pourquoi la solde, outre la période estivale ? Parce que ce concert n’est regardable que jusqu’en octobre, sous peine de subir un retrait bancaire au-delà. Alors, on se précipite, un mois ça passe vite. 
Autre chose, le concert débute tout d’abord par un petit Liadov pas du tout dégueulasse à écouter si vous avez le temps, et se poursuit avant le Lac des Cygnes par le Concerto n°2 de Rachmaninov. Personnellement très peu convaincue par la prestation de Wang qui joue du piano comme elle écrit un mail, je vous le déconseille, mais on ne perd rien à écouter un peu si votre curiosité vous le dicte. 

Voilà la Bête : Le Lac des Cygnes / Extraits

J’espère avoir été concise. 
Bonne soirée. 

PS : Mention spéciale à la qualité incroyable de son et d’image de Médici. C’est cool.


mardi 19 juillet 2011

Rachmaninov - Moment musical n°4

Rachma et Nikolaï Lugansky ou quelle que soit son orthographe. Le second a souvent tiré des œuvres du premier des interprétations dont toute oreille existante se souvient forcément (théorème douteux).

En mi mineur, presto, la pièce de Rachmaninov s'impose immédiatement avec une incroyable force. Elle saisit les tripes, les secoue pendant trois minutes et puis disparaît.

Nikolaï, parce que cet homme était à ce moment-là envahi d'une incompressible pulsion d'absolu. Visiblement c'est au cours de ce même concert qu'il avait sorti du néant un Op.23 No.5 de même puissance. Prélude ayant déjà fait son apparition dans ce blog, ici.


Voici donc la chose, courte et pour le moins intense :


mardi 12 juillet 2011

Ravel - Alborada Del Gracioso par Dinu Lipatti

Que serait ce blog, sans Dinu Lipatti ?

Il existe de nombreuses réponses à cette question :
rien, une épave, un sandwich sans pain, ou un pain sans sandwich, une affabulation, un grotesque canular, bref, il fallait que nous y venions (et vinssions, pour les intimes).

Dinu Lipatti, jeune pianiste, puisque né pianiste vers seize ans et mort pianiste à trente-trois, s'est employé pendant ces dix-sept ans de carrière à "servir la musique", comme il le dit si bien lui-même, plutôt que de "s'en servir", comme d'autres.
Il la sert de ses doigts, que l'on imagine si fins qu'ils effleurent à peine la partition, en lui apportant peut-être seulement ce dont elle a besoin. Toujours droit dans son travail, rigoureux, il vise l'impeccable, et peut-être même la perfection dont on ne sait pas s'il crut vraiment à l'existence. Peu importe. Il guide son travail à l'aide du respect, et instaure dans son jeu une sorte de geste "recréateur". En résulte bien souvent
un très bel équilibre, autant dans certaines de ses valses chopinantes que dans ses sonates mozartiennes. J'ai parfois trouvé dans le peu de pièces que j'ai entendues jouées par Lipatti une clarté fascinante, et une très grande douceur dans la manière d'apprivoiser la musique d'autrui.

Et pourtant, c'est loin d'être une œuvre lisse et ouatée que je vous propose d'écouter ce soir. Mais avant d'en parler - parce que je sais pertinemment que vous ne me lisez pas et que vous courez à chaque fois à la fin de l'article pour écouter les morceaux (je pourrais vous insulter sauvagement que vous ne vous en apercevriez pas) (SALETÉS DE LECTEURS INGRATS ET PUANT LA MÉDIOCRITÉ, N'AVEZ PAS QUELQUE CHOSE A ÉCRIRE VOUS AUSSI PLUTÔT QUE DE LIRE LES TEXTES DES HONNÊTES GENS ? GROS TAS DE TRIOLETS EN CROÛTE) - munissez vous d'un système de diffusion sonore bien plus performant que votre seul ordinateur, parce que cette pièce nécessite d'être entendue harmoniquement, et il est primordial d'en apercevoir le spectre (Oooh!).  

  
C'est bien de l'Alborada Del Gracioso ("Aubade du Bouffon") que l'on parle, et j'en profite ainsi pour creuser la dimension hispanique de ce blog, quatrième pièce des Miroirs (1905) de Ravel, qui étonne par ses couleurs chaudes et ses caprices facétieux. Elle est célèbre pour son orchestration bigarrée (1918) et j'ai moi-même entendue cette pièce jouée par un orchestre la première fois, et je trouve tout à fait fantastique que l'on découvre dans un seul clavier les instruments de l'orchestre, et vice versa dans l'orchestre une dimension pianistique.

On découpe l'œuvre en trois parties. Enfin, JE découpe l'œuvre en trois parties, après chacun fait son petit tri comme il veut.

La première partie semble être une sorte de danse mysté-rieuse (mais que je suis drôle), malicieuse et échevelée. Lipatti exécute de petites envolées célestes avec des notes d'une égalité irréprochable de sa papatte un peu magicienne : on pense à une bohémienne. On dit que l'élève  (le seul, je crois) de Ravel rapporta qu'il fallait que ça ressemble à des "pincements de guitare".
La seconde provoque irrémédiablement chez-moi une érection capillaire incontrôlable , surtout après une première partie aussi radicalement différente. Ici, c'est la plainte du bouffon, vive mais tendre, et maladroite.
Et enfin la troisième, c'est un peu la mêlée des deux parties précédentes, délirante et joyeuse,  martelée parfois (d'où de bonnes enceintes) et d'une terrifiante virtuosité. Cela se termine sur un vertige, et puis plus rien. 




"
Les Miroirs forment un recueil de pièces pour le piano qui marquent dans mon évolution harmonique un changement assez considérable pour avoir décontenancé les musiciens les plus accoutumés jusqu’alors à ma manière." Ravel. 
 
C'est farpaitement ça. On est décontenancés.

samedi 11 juin 2011

Bebo & Cigala

Prenons un instant le large commme nous l'avons fait pour ce magnifique Oblivion proposé par Flight'- que je vous encourage à écouter d'avantage - et posons-nous à deux endroits. Le pied gauche en Espagne, le pied droit à Cuba, et au milieu (ben, l'Atlantique, voilà), ce croisement entre un chanteur espagnol et un pianiste cubain que je vous propose d'écouter, en ce matin pluvieux de juin.

Ces deux personnages, tous deux porteurs d'une culture majoritairement hispanique, se nomment Bebo Valdès et Dieguito El Cigala. Le premier a 86 ans, né à Havane, a toute une odyssée musicale derrière lui, débutée à Cuba avec l'Orchestre du Tropicana avant de devenir celle du pianiste compositeur le plus discrètement influent de la musique afro-cubaine. Le second chante le flamenco depuis près de trois décennies, depuis que, enfant, il participait à des concours sur le Rastro (marché aux puces) de Madrid. Il fait ça comme il respire, et ça s'entend.
Les deux se retrouvent le temps d'un album (soit une petite demi-heure) : "Lagrimas Negras"... Et ça marche. Une voix déchirée, infinie et paternelle se mêle aux accents irrésistiblement jazz du piano, lui plus feutré, plus élégant. Sans compter que s'invitent parfois un violon, une contrebasse... Tous à peu près excellents. Ça danse tout seul, j'te jure.

Je publie donc ce boléro-son, "Lagrimas Negras" (larmes noires) écrit et composé en en 1929 par le cubain Miguel Matamoros, inspiré par ces paroles alors qu'il entendait (que dis-je, endurait) les pleurs d'une femme à St Domingue dans une chambre voisine de la sienne. Mais je vous encourage très vivement à écouter l'album dans sa totalité, car chaque titre évoque une puissante et heureuse émotion. N'hésitez pas à laisser votre ordinateur un instant, et trémoussez-vous à votre façon comme votre envie vous le dicte (j'attends les vidéos, section "commentaires".) 
Buenas tardes! 

mardi 10 mai 2011

Liszt - Rhapsodie hongroise n°2 en do dièse mineur [S.244]

Réponse à une requête ANONYME (sans blague).
Réponse avec plaisir.


Après la sixième rhapsodie (rappel), la deuxième, beaucoup plus connue d'ailleurs !

Souvenir : Tom et Jerry jouant cette Rhapsodie dans un épisode mémorable. Enfin, blog SÉRIEUX aidant (allez), il ne sera pas question de cette version ici. Mais tout de même, c'est à voir au moins une fois dans sa vie.

Choisir entre piano et transcription pour orchestre n'a pas été délicat. Il me semble que, bien que Liszt ait lui-même travaillé sur certaines de ces versions orchestrales, on perd quelque peu l'impression de virtuosité que se doit de donner cette œuvre (impression justifiée !).
Il est vrai que le piano n'est pas un violon, et que les thèmes hongrois (ou plutôt tziganes) gagneraient peut-être à rester joués par des cordes, toutefois le passage au clavier se fait avec tant de naturel qu'il serait absurde de s'y refuser (et hop, une preuve supplémentaire que le piano est un instrument avec un énorme I).

Virtuosité, je disais ; car la virtuosité, personnage à part entière de l'œuvre de Liszt, est particulièrement présente dans ses Rhapsodies Hongroises. Tant présente qu'on a parfois tendance à oublier que ce sont aussi de belles pièces.
En l'occurrence et pour ces interprétations, je suis allé chercher du côté des pianistes à huit mains. J'en ai retenu deux, qui brillent de tous les côtés (musicalement…), et pourtant sont très différentes.


La première est une performance de Marc-André Hamelin, lors d'un récital au Japon, d'après l'intitulé de la vidéo. Ladite vidéo est disponible sur youtube, ici. La rhapsodie est magnifiquement menée jusqu'à un final alternatif, particulièrement… fou.

Quant à la seconde, inévitablement : Cziffra. Question virtuosité au service de la musique, il s'agit d'une sorte de référence. Il m'arrive même de trouver ce pianiste épuisant, voire effrayant, tant il marche avec désinvolture sur ce qu'il est légitime de considérer comme de grandes difficultés techniques. Toujours est-il qu'ici son jeu, léger à outrance, virtuose à l'extrême, s'adapte particulièrement bien à la pièce. Il y a dans cette interprétation autant de Cziffra que de Liszt.



Bonne soirée à tous.